Allaiter un prématuré

TEMOIGNAGE

Je souhaite dans cet article apporter un témoignage sur l’allaitement des prématurés. J’ai en effet accouché à cinq mois et demi de Pierre et j’ai du avoir bien de la persévérance pour réussir à nourrir mon enfant. Cela devrait être naturel si les mamans étaient mieux informées et surtout mieux accompagnées dans ces moments difficiles. Des esprits chagrins me rétorqueront que chaque femme est libre. Mais comment peut-on être libre de choisir si le bénéfice considérable qu’en tirent les bébés grands prématurés n’est pas expliqué aux mamans ? Et, qu’ensuite les mamans ne soient pas assez soutenues. Et ne parlons pas des idées reçues (par qui ? Comment ?) que la famille ou les amis disent pour vous remonter le moral. Voici un petit précis de ce que j’ai personnellement entendu…’Une femme qui accouche à 5 mois et demi n’a pas de lait :c’est un vrai miracle que tu en aies.’’ Je n’ai pas allaité mon enfant et il va très bien.’’ Ne te biles pas. Quand on a une césarienne à neuf mois, la montée de lait est moindre, alors à six mois …’

Tout d’abord, le lait d’une maman qui a un enfant prématuré est différent de celui d’un enfant né à terme. Il est dit pré- terme. C’est un lait très riche notamment en immunoglobulines Ig A (importante pour la flore et donc pour l’immunité intestinale), en protéines et en calcium. La phase colostrale dure plus longtemps que pour un bébé né à terme. Personnellement, j’ai tiré du lait colostral (de couleur jaune) pendant au moins trois semaines. Or, les bébés prématurés sont très fragiles immunitairement. Il est donc vraiment nécessaire qu’ils soient alimentés avec cet aliment. Sans compter le fait que beaucoup de prématurés souffrent d’asthme. En effet, ils sont souvent fragiles des poumons. Le lait maternel ne peut être que bénéfique pour limiter l’apparition de cette pathologie.

Afin de bien réussir un allaitement, la montée de lait doit se faire le mieux possible. Pour cela, dès que la maman a accouché, elle devra tirer son lait tout de suite. Cela afin de faire comme si c’était le bébé qui tirait juste après sa naissance. Elle aura de préférence un tire lait double pompage afin de stimuler encore plus sa lactation. A la clinique Mutualiste où j’ai accouché, l’équipe médicale a été formidable de compréhension. Néanmoins, j’ai du réclamer le tire lait plusieurs fois. Je l’ai eu au bout de 48 heures …Ensuite, ce lait et surtout le colostrum devrait être donné cru ou congelé après analyses biologiques, cela afin de garder toutes ces propriétés immunologiques et biologiques. Le lait maternel est riche en acides gras poly insaturés. Or, la forme dite Cis des acides gras insaturés se transforme en forme Trans beaucoup plus néfaste lors d’un chauffage supérieur à 40 °C. Or, lors de mon premier tirage, la clinique m’expliqua que mon lait était congelé, transporté à Lyon (vive la Mondialisation et vive l’Environnement), analysé, puis pasteurisé et recongelé avant de revenir quinze jours après sur Grenoble. Pendant ce temps, mon bébé recevait le lait d’une donneuse. (1)Or, le lait d’un bébé garçon n’est pas le même que celui d’un bébé femme… Mieux, chaque lait est spécifique d’ un bébé…

Trois jours après la naissance de Pierre , je me dispose à aller le visiter au CHU malgré mes points de sutures. Je veux absolument le voir même si je sais (je sens) qu’il ira bien … Une des sage femmes (dont j’apprendrais plus tard qu’elle a eu fait des accouchements à domicile) me dit de garder mon colostrum tel quel et de le donner à la néonatalité. Ainsi, je le ferais congeler pour que Pierre l’utilise dès qu’il pourra. Ce fut ma première confrontation au monde protocolisé de l’hôpital. Je me vois encore arriver en chaise roulante à l’Unité B avec mon or colostral gardé précieusement dans mes mains. La puéricultrice qui m’ accueille m’oppose une fin de non recevoir. ’Le lait doit partir sur Lyon.’’ Gardez le alors et congelez le.’ Non, s’il est contaminé, il peut être dangereux pour Pierre’ (Angoisser la maman est la meilleur façon de la faire taire NDLR). ’Alors, analysez le puis congelez le. Vous devez avoir cela ici…’ ’Ce n’est pas le protocole..’ Tout était dit. J’allais vivre deux mois avec ce mot honnis : le protocole. Le piège se refermait, du moins ce fut mon ressenti.

Je me mis donc à tirer mon lait régulièrement. J’en avais à peine pour Pierre, la tension nerveuse jouant sûrement sur ma lactation. Mais je m’accrochais. C’était tout ce qui me restait pour être active. Ce lien me raccrochait à lui. J’avais voulu accoucher à la maison pour vivre mon accouchement et on m’avait accouché par césarienne sous anesthésie générale avant d’emmener mon fils à l’autre bout de la ville. Tout cela pour me sauver et sauver mon enfant. Il ne me restait plus que l’allaitement comme choix personnel. Je me rendis alors vite compte que je tirais deux fois moins à la néoanatalité que chez moi. Sûrement, pour deux raisons essentielles. Tout d’abord, la salle du tire lait était équipé d’un tire lait mono pompage. Chez moi, j’avais loué le tire lait double pompage Medela sur les conseils de Isabelle. Je la remercie profondément pour son dévouement et pour sa patience extraordinaire de m’encourager dans mon choix. Que serais je devenue sans elle… Dès que Pierre passa à l’Unité C, je me décidais alors à emmener mon tire lait à la néonatalité. Ce qui était à priori interdit. Je le stérilisais bien et le mettais dans un sac propre. Malgré cela, plusieurs fois, mon lait fut jeté à Lyon pour contamination. Une fois, on m’en jeta deux litres. J’appelais alors le lactarium de Lyon pour savoir le type de contamination. Il me fut répondu qu’on ne pouvait savoir le type exact de contamination, qu’il était fait seulement un dénombrement de flore totale. Qu’ils appliquaient … LA LOI. Je ne pus en savoir plus. Je décidais alors une fois sur deux, de garder le lait chez moi au congélateur pour la sortie de Pierre. Comme je l’avais fait pour le colostrum, d’ailleurs.

Peu de temps après, je demandais à donner du lait cru à mon enfant. Il me fut répondu que cela pouvait se faire uniquement si le lait était tiré depuis moins de deux heures. Or, je tirais beaucoup de lait la matin. Et, j’arrivais à la néonatalité vers deux heures. Je me mis donc par moment à tricher afin que Pierre ait le plus souvent possible mon lait. J’emmenais discrètement le lait du matin à la salle de tire lait pour le donner ensuite à l’équipe. D’autant plus que la salle du tire lait était peu convivial et ouverte facilement aux regards.

Puis, Pierre passa en chambre. On me dit qu’on enlèverait sa sonde pour le nourrir au biberon. Je refusais arguant du fait que Pierre risquait de confondre le biberon et le sein.’ Mais non’ me fut il répondu.. J’eu même droit à cette remarque : ’Vous verrez bien chez vous comment cela se passe.. !!!’. Une puéricultrice super me ramena une soft-cup. Elle servit deux jours et resta en décoration ensuite près du lit de Pierre. L’équipe avait peu de temps soi-disant. Je venais alors l’après midi et restait pour donner le sein à Pierre. S’il n’avait pas pris sa ration , je devais le compléter au biberon. Et, Pierre s’étouffait … Je compris ensuite pourquoi… Il tirait sur la tétine du biberon comme sur le sein. J’expliquais aux puéricultrices que ce n’était pas normal. Certaines me répondirent que beaucoup de prématurés avaient ce souci. Il m’arrivait alors de ne pas tout donner mais des fois la puéricultrice prenait en charge la suite et le gavait… De plus, les chaises étaient dures … Je terminais la journée à 21 heures, fatiguée avec un très fort mal de dos…Mais, je m’accrochais car Pierre tirait la langue dès que j’arrivais et me prenait tout de suite le sein…De plus, les biberons étaient chauffés au micro onde. Je m’offusquais de cette pratique. En effet, des études parues dans The Lancet précisent que le lait chauffé au micro onde est transformé physico chimiquement et fatigue le foie et le rein des bébés. Une puéricultrice m’assura que les biberons étaient chauffés au chauffe bib… Je me fâchais. ’Vous vous moquez de moi ? Pierre est resté pendant quinze jours non loin du micro onde et je voyais toutes vos collègues rapatriaient à heures fixes pour y chauffer les biberons ’ Je ne vous cacherais pas que je suivais les puéricultrices à chaque fois qu’elles allaient chercher le biberon de Pierre. Mais, la nuit, je ne pouvais pas surveiller… Les chambres parents enfants n’existant pas encore en néonatalité… Quand Pierre est arrivé en néonatalité, j’ai demandé à dormir à côté de lui… avec mon lit de camp… !!!
Enfin Pierre rentra à la maison. Et, là point d’aide pour assurer la suite… Je fis alors une autre belle rencontre via une association qui s’occupe de donner des marraines aux mamans qui veulent être aider pour allaiter leur enfant. Elle me donna confiance en moi mais cela dit, j’ai toujours cru ne pas avoir assez de lait. Il est dur de se défaire de l’hôpital et de retrouver l’écoute de soi-même. De laisser tomber les horaires fixes, les rations surtout lorsque vous êtes maman primipare d’un enfant prématurissime. Je me rappelle encore de cet conseillère en lactation de Grenoble me dire que j’avais du lait pour des jumeaux… Et, pourtant, je continuais à compléter Pierre avec la soft cup. Lors du retour des mamans à la maison, il serait fortement souhaitable que l’hôpital fasse un suivi de celles-ci par des sages femmes…Cela afin de redonner confiance aux mamans lors de la sortie du milieu hospitalier.

(1) Les prématurés nés avant 31 semaines reçoivent dès leur naissance un lait dit de femme si la maman n’allaite pas. Par contre, pour ceux nés après 31 semaines, ils recevront du lait maternisé pour prématurés si la maman ne peut ou ne veut pas allaiter. Ensuite, passés 31 semaines dans les deux cas, si le néné va bien, il sera complété au lait maternisé si la maman ne tire pas suffisamement en ration.

Isabelle

Que le temps semble long, quand « ça ne marche pas » !!

TEMOIGNAGE

Nous souhaitions un enfant, nous avions déjà prévu que l’on pourrait annoncer la bonne nouvelle juste après les vacances d’été, à la fin du premier trimestre, « au cas où ». Nous savions aussi que ça pouvait ne pas marcher tout de suite, mais pas pour nous : puisque nous le souhaitions, cet enfant, j’allais forcément être enceinte d’ici un ou deux mois. Mais la Nature en a décidé autrement, et mes règles revenaient tous les mois, inlassablement. Mon ami était beaucoup plus « zen » que moi : « ne t’inquiète pas, ça va venir, on avait dit qu’on se donnait 6 mois avant de s’inquiéter ». Oui, c’est vrai, c’est ce que j’avais dit, mais en étant persuadée que je serai enceinte tout de suite quand même !!

Pourquoi ai-je paniqué si vite, au bout de deux mois ? Je souhaitais tellement un grande famille que le spectre de la fertilité me hantait, ça a dû jouer en partie. Dès le deuxième mois, ça a été l’angoisse, je redoutais l’arrivée de mes règles et à chaque fois, c’était le drame. Au bout de six mois, j’en ai parlé à mon gynécologue qui m’a demandé d’établir ma courbe de température afin de vérifier si j’ovulais, avec un autre rendez-vous trois mois plus tard pour en tirer les conclusions. A partir de ce moment-là, bien que n’étant toujours pas enceinte, le temps m’a paru un peu moins long. En effet, le fait d’avoir des échéances avec le médecin m’aidait à mieux supporter le défilé des mois infertiles … tout en ayant malgré tout le moral dans les chaussettes.

Les courbes de température étaient très nettes : j’ovulais régulièrement, sans problème. Mais toujours pas de bébés en vue. Et voilà le début des examens, pour approfondir un peu la question (en continuant la prise de température tous les matins). Mon ami a fait un spermogramme, dont les résultats n’expliquaient pas notre insuccès. J’ai fait une hystérosalpingographie, pour vérifier l’état des trompes. Une horreur !! Pas les résultats, non, puisque rien d’anormal n’a été décelé, mais l’examen en lui même. Ce n’était pas douloureux (il parait que ça l’est parfois), mais je me suis sentie humiliée : j’étais nue, évidemment, et il y avait plusieurs personnes que je ne connaissais pas. Mon gynéco ne m’avait pas prévenue qu’il y aurait du monde. Cette position, jambes écartées, m’a mise mal à l’aise, j’ai pleuré pendant l’intervention. J’avais le sentiment d’un viol. Je sais, ça peut sembler exagéré, mais rien qu’en y repensant j’en ai encore les larmes aux yeux. Quand tout a été fini, j’ai attendu les résultats dans la salle d’attente. Mon gynéco m’avait déjà dit oralement que tout allait bien, mais j’attendais le bilan écrit. Quand la secrétaire m’a remis les papiers, j’ai pleuré tout ce que j’ai pu. Certes, tout allait bien, mais le diagnostique portait en objet : « recherche d’une stérilité primaire ». Stérilité. Ce mot m’a sauté au visage comme une agression. Jamais le médecin n’avait employé ce mot devant moi ; Tout au plus avait-il parlé « d’hypo fécondité » pour définir notre cas. Stérilité. J’étais peut-être stérile ? Je n’aurai jamais d’enfant ? Que c’est fatigant de pleurer toute la journée.

Quand j’ai revu mon gynéco, il m’a rassurée. Puis nous avons parlé des différentes solutions qui s’offraient à nous. Et nous voilà finalement partis pour un traitement au Clomid pendant 6 mois. Au bout des 6 mois, une autre décision serait à prendre : soit on recommence pour 6 mois, sans trop y croire, soit il passe mon dossier à un collègue qui s’occupe de fécondation médicalement assistée (mais un peu plus poussée qu’un simple traitement au Clomid). Bon, nous n’en étions pas là, il s’agissait déjà d’essayer pendant 6 mois, avec une prise de sang mensuelle suivie d’un rendez-vous pour renouveler l’ordonnance. Je devais prendre les comprimés de Clomid quelques jours après le début de mon cycle, c’est à dire une fois que j’étais sure que ça n’avait pas marché le coup d’avant. Il fallait donc logiquement que je prenne rendez-vous dans les premiers jours de mes règles pour avoir une nouvelle ordonnance et refaire le traitement aussitôt, sans « perdre » un mois. Après le premier mois de traitement, me voilà donc chez mon gynéco, comme il me l’avait demandé. Quelle ne fut pas ma surprise quand il m’a dit qu’il allait m’examiner !! « Mais docteur, j’ai mes règles ! » Ca ne le gênait pas du tout, il avait l’habitude …. Peut-être, mais moi, ça me gênait !!! Pudeur déplacée ? Peut-être. Naïve ? Sans doute. En tout cas j’ai refusé. Et lui de me dire qu’il fallait d’abord qu’il m’examine avant de renouveler l’ordonnance. Et bien non !!! Devant mon entêtement (et mes larmes, une fois de plus) il a cédé « pour cette fois-ci », tout en me disant qu’il faudrait trouver une solution pour la fois suivante. Je lui ai donc trouvé une solution : il suffisait que je vienne avant le début de mes règles, autrement dit sans savoir si ça avait marché ou pas le mois précédent. Au pire, il me faisait l’ordonnance pour rien (au pire, que dis-je ?? Au mieux !! car cela aurait signifié que j’étais enceinte). Nous avons donc procédé comme ça les mois suivants. Après le 6ème mois de traitement, me voilà donc une fois de plus dans son cabinet. Comme d’habitude, il me fait l’ordonnance (la 7ème). Mais cette fois-ci, en plus, il joint un courrier pour son collègue avec lequel je dois prendre rendez-vous pour la suite des opérations. Dur dur …

J’ai bien sûr attendu d’avoir mes règles avant d’appeler ce médecin, au cas où … Et bien, je n’ai finalement jamais eu besoin de l’appeler !!! Yahou !! Mes règles ne sont jamais arrivées !! Je suis donc retournée voir mon gynéco, fière comme un coq !! Il était ravi, mais m’a malgré tout demandé de continuer à prendre ma température tous les matins pendant les 3 premiers mois de la grossesse, au cas où … Mais quel soulagement !! Même si je faisais une fausse-couche, au moins je savais que je pouvais être enceinte. Et ça changeait déjà beaucoup de choses dans ma tête !!

La suite de ma grossesse s’est déroulée sans problème. J’ai déménagé en cours de route, et j’ai finalement été suivie par une sage-femme libérale qui m’a superbement préparée à la naissance. Ma fille est née à la maison, comme nous le souhaitions. Peut-être le besoin d’une naissance naturelle, à défaut d’une fécondation naturelle ? (et oui, le Clomid ce n’est sans doute pas grand chose, mais quand même …)

Avec le recul, je vois les choses bien différemment. Il aura fallu 18 mois pour que je sois enceinte, ce qui, objectivement, n’est pas si long que ça. Mais ça nous a semblé une éternité !!! Et c’est facile, maintenant que je suis maman, de dire que ce n’était pas si long. Sur le moment, je n’aurais pas accepté qu’on me dise que ce n’était rien. Pour moi c’était grave. J’en ai pleuré tous les jours pendant un an, c’était un drame. Aujourd’hui, nous avons une autre vision de la santé, nous avons évolué dans nos idées et nos connaissances en la matière, et nous ne recommencerions pas ce traitement, nous laisserions faire la Nature qui a bien le droit de prendre son temps. Cela dit je ne regrette rien. A l’époque, j’en avais besoin et ça s’est fait comme ça. Pour le deuxième, que nous souhaitons, nous savons que ça peut-être long. Mais nous savons aussi que c’est possible, et ça change tout.