Que le temps semble long, quand « ça ne marche pas » !!

TEMOIGNAGE

Nous souhaitions un enfant, nous avions déjà prévu que l’on pourrait annoncer la bonne nouvelle juste après les vacances d’été, à la fin du premier trimestre, « au cas où ». Nous savions aussi que ça pouvait ne pas marcher tout de suite, mais pas pour nous : puisque nous le souhaitions, cet enfant, j’allais forcément être enceinte d’ici un ou deux mois. Mais la Nature en a décidé autrement, et mes règles revenaient tous les mois, inlassablement. Mon ami était beaucoup plus « zen » que moi : « ne t’inquiète pas, ça va venir, on avait dit qu’on se donnait 6 mois avant de s’inquiéter ». Oui, c’est vrai, c’est ce que j’avais dit, mais en étant persuadée que je serai enceinte tout de suite quand même !!

Pourquoi ai-je paniqué si vite, au bout de deux mois ? Je souhaitais tellement un grande famille que le spectre de la fertilité me hantait, ça a dû jouer en partie. Dès le deuxième mois, ça a été l’angoisse, je redoutais l’arrivée de mes règles et à chaque fois, c’était le drame. Au bout de six mois, j’en ai parlé à mon gynécologue qui m’a demandé d’établir ma courbe de température afin de vérifier si j’ovulais, avec un autre rendez-vous trois mois plus tard pour en tirer les conclusions. A partir de ce moment-là, bien que n’étant toujours pas enceinte, le temps m’a paru un peu moins long. En effet, le fait d’avoir des échéances avec le médecin m’aidait à mieux supporter le défilé des mois infertiles … tout en ayant malgré tout le moral dans les chaussettes.

Les courbes de température étaient très nettes : j’ovulais régulièrement, sans problème. Mais toujours pas de bébés en vue. Et voilà le début des examens, pour approfondir un peu la question (en continuant la prise de température tous les matins). Mon ami a fait un spermogramme, dont les résultats n’expliquaient pas notre insuccès. J’ai fait une hystérosalpingographie, pour vérifier l’état des trompes. Une horreur !! Pas les résultats, non, puisque rien d’anormal n’a été décelé, mais l’examen en lui même. Ce n’était pas douloureux (il parait que ça l’est parfois), mais je me suis sentie humiliée : j’étais nue, évidemment, et il y avait plusieurs personnes que je ne connaissais pas. Mon gynéco ne m’avait pas prévenue qu’il y aurait du monde. Cette position, jambes écartées, m’a mise mal à l’aise, j’ai pleuré pendant l’intervention. J’avais le sentiment d’un viol. Je sais, ça peut sembler exagéré, mais rien qu’en y repensant j’en ai encore les larmes aux yeux. Quand tout a été fini, j’ai attendu les résultats dans la salle d’attente. Mon gynéco m’avait déjà dit oralement que tout allait bien, mais j’attendais le bilan écrit. Quand la secrétaire m’a remis les papiers, j’ai pleuré tout ce que j’ai pu. Certes, tout allait bien, mais le diagnostique portait en objet : « recherche d’une stérilité primaire ». Stérilité. Ce mot m’a sauté au visage comme une agression. Jamais le médecin n’avait employé ce mot devant moi ; Tout au plus avait-il parlé « d’hypo fécondité » pour définir notre cas. Stérilité. J’étais peut-être stérile ? Je n’aurai jamais d’enfant ? Que c’est fatigant de pleurer toute la journée.

Quand j’ai revu mon gynéco, il m’a rassurée. Puis nous avons parlé des différentes solutions qui s’offraient à nous. Et nous voilà finalement partis pour un traitement au Clomid pendant 6 mois. Au bout des 6 mois, une autre décision serait à prendre : soit on recommence pour 6 mois, sans trop y croire, soit il passe mon dossier à un collègue qui s’occupe de fécondation médicalement assistée (mais un peu plus poussée qu’un simple traitement au Clomid). Bon, nous n’en étions pas là, il s’agissait déjà d’essayer pendant 6 mois, avec une prise de sang mensuelle suivie d’un rendez-vous pour renouveler l’ordonnance. Je devais prendre les comprimés de Clomid quelques jours après le début de mon cycle, c’est à dire une fois que j’étais sure que ça n’avait pas marché le coup d’avant. Il fallait donc logiquement que je prenne rendez-vous dans les premiers jours de mes règles pour avoir une nouvelle ordonnance et refaire le traitement aussitôt, sans « perdre » un mois. Après le premier mois de traitement, me voilà donc chez mon gynéco, comme il me l’avait demandé. Quelle ne fut pas ma surprise quand il m’a dit qu’il allait m’examiner !! « Mais docteur, j’ai mes règles ! » Ca ne le gênait pas du tout, il avait l’habitude …. Peut-être, mais moi, ça me gênait !!! Pudeur déplacée ? Peut-être. Naïve ? Sans doute. En tout cas j’ai refusé. Et lui de me dire qu’il fallait d’abord qu’il m’examine avant de renouveler l’ordonnance. Et bien non !!! Devant mon entêtement (et mes larmes, une fois de plus) il a cédé « pour cette fois-ci », tout en me disant qu’il faudrait trouver une solution pour la fois suivante. Je lui ai donc trouvé une solution : il suffisait que je vienne avant le début de mes règles, autrement dit sans savoir si ça avait marché ou pas le mois précédent. Au pire, il me faisait l’ordonnance pour rien (au pire, que dis-je ?? Au mieux !! car cela aurait signifié que j’étais enceinte). Nous avons donc procédé comme ça les mois suivants. Après le 6ème mois de traitement, me voilà donc une fois de plus dans son cabinet. Comme d’habitude, il me fait l’ordonnance (la 7ème). Mais cette fois-ci, en plus, il joint un courrier pour son collègue avec lequel je dois prendre rendez-vous pour la suite des opérations. Dur dur …

J’ai bien sûr attendu d’avoir mes règles avant d’appeler ce médecin, au cas où … Et bien, je n’ai finalement jamais eu besoin de l’appeler !!! Yahou !! Mes règles ne sont jamais arrivées !! Je suis donc retournée voir mon gynéco, fière comme un coq !! Il était ravi, mais m’a malgré tout demandé de continuer à prendre ma température tous les matins pendant les 3 premiers mois de la grossesse, au cas où … Mais quel soulagement !! Même si je faisais une fausse-couche, au moins je savais que je pouvais être enceinte. Et ça changeait déjà beaucoup de choses dans ma tête !!

La suite de ma grossesse s’est déroulée sans problème. J’ai déménagé en cours de route, et j’ai finalement été suivie par une sage-femme libérale qui m’a superbement préparée à la naissance. Ma fille est née à la maison, comme nous le souhaitions. Peut-être le besoin d’une naissance naturelle, à défaut d’une fécondation naturelle ? (et oui, le Clomid ce n’est sans doute pas grand chose, mais quand même …)

Avec le recul, je vois les choses bien différemment. Il aura fallu 18 mois pour que je sois enceinte, ce qui, objectivement, n’est pas si long que ça. Mais ça nous a semblé une éternité !!! Et c’est facile, maintenant que je suis maman, de dire que ce n’était pas si long. Sur le moment, je n’aurais pas accepté qu’on me dise que ce n’était rien. Pour moi c’était grave. J’en ai pleuré tous les jours pendant un an, c’était un drame. Aujourd’hui, nous avons une autre vision de la santé, nous avons évolué dans nos idées et nos connaissances en la matière, et nous ne recommencerions pas ce traitement, nous laisserions faire la Nature qui a bien le droit de prendre son temps. Cela dit je ne regrette rien. A l’époque, j’en avais besoin et ça s’est fait comme ça. Pour le deuxième, que nous souhaitons, nous savons que ça peut-être long. Mais nous savons aussi que c’est possible, et ça change tout.